Une consultante relève les données d'un compteur électrique dans des bureaux ouverts.
Publié le 9 octobre 2026

Réduire son bilan carbone à la consommation électrique des bureaux revient à mesurer la partie la plus visible d’une empreinte largement invisible. Pour une entreprise de services, l’essentiel des émissions se joue ailleurs : chez les fournisseurs, dans les déplacements des collaborateurs, dans l’usage des solutions vendues. Comprendre cette réalité suppose de maîtriser la grille des trois scopes définie par les référentiels officiels, puis d’évaluer sa portée réglementaire et commerciale. Les sections suivantes détaillent ce que recouvre chaque scope, pourquoi le scope 3 pèse si lourd, quelles obligations encadrent la démarche en France et comment structurer concrètement la mesure.

Réponse directe : Le bilan carbone d’une entreprise de services doit couvrir les émissions directes (scope 1), celles liées à l’énergie achetée (scope 2) et surtout les émissions indirectes de la chaîne de valeur (scope 3), ces dernières représentant généralement la majorité de l’empreinte selon les travaux de l’ADEME.

Que recouvrent réellement les émissions d’une entreprise de services ?

Le bilan carbone d’une entreprise de services inclut trois catégories d’émissions définies par la méthode Bilan Carbone® de l’ADEME et le GHG Protocol : les émissions directes (scope 1), les émissions indirectes liées à l’énergie (scope 2) et les émissions indirectes de la chaîne de valeur (scope 3). Se limiter à l’électricité des bureaux revient à ne traiter qu’une fraction du scope 2, en laissant de côté la quasi-totalité de l’empreinte réelle.

Le scope 1 regroupe les émissions directement générées par l’entreprise : combustion de gaz pour le chauffage, fuites de fluides frigorigènes dans les climatiseurs, carburant de la flotte de véhicules possédée ou louée en longue durée. Dans une société de services, ce poste reste souvent modeste mais ne doit pas être oublié.

Le scope 2 couvre l’énergie achetée et consommée : électricité, chaleur, froid, vapeur. C’est à ce scope qu’appartient la consommation électrique des bureaux, celle des serveurs informatiques internes ou le chauffage urbain. Il s’agit d’émissions indirectes car produites par les fournisseurs d’énergie, mais imputables à l’entreprise utilisatrice.

Le scope 3 rassemble toutes les autres émissions indirectes : achats de biens et services, immobilisations, déplacements professionnels, trajets domicile-travail, transport des marchandises, gestion des déchets, usage des produits ou services vendus, fin de vie. C’est le périmètre le plus large et, pour une entreprise de services, le plus déterminant. Pour une approche opérationnelle, plusieurs dispositifs permettent de mesurer les émissions de carbone sur l’ensemble de ces trois scopes selon le niveau de maturité de l’organisation.

Les trois scopes en un coup d’œil

  • Scope 1 : combustion, flotte, fluides frigorigènes gérés en interne.
  • Scope 2 : électricité, chaleur et froid achetés aux fournisseurs d’énergie.
  • Scope 3 : toutes les émissions amont et aval de la chaîne de valeur.

Pourquoi le scope 3 représente l’essentiel de l’empreinte carbone d’une entreprise de services

Le scope 3 concentre la majorité des émissions d’une entreprise de services parce que son activité repose principalement sur des achats, des déplacements humains et l’usage de technologies produites par d’autres. Selon une étude de l’ADEME relayée par Bpifrance, le scope 3 dans l’empreinte des entreprises françaises représente en moyenne 75 à 80 % des émissions totales, une part pouvant dépasser 90 % dans certains secteurs.

Les achats de biens et services dominent fréquemment ce poste : prestations intellectuelles sous-traitées, licences logicielles, hébergement cloud, fournitures, services informatiques. Chaque euro dépensé auprès d’un fournisseur porte une empreinte carbone qui s’ajoute à celle de l’entreprise acheteuse, même si elle ne consomme pas directement d’énergie fossile.

Les déplacements constituent le second levier majeur. Déplacements professionnels en avion, en train ou en voiture, mais aussi trajets domicile-travail des salariés : ces émissions relèvent du scope 3 et pèsent lourd dans les cabinets de conseil, les agences, les ESN et plus largement les métiers nécessitant une présence client.

Enfin, l’usage des services vendus ferme la boucle. Une plateforme numérique, un logiciel ou un service informatique continue d’émettre tout au long de son utilisation par les clients. Ces émissions aval, souvent oubliées, peuvent représenter une part significative pour une entreprise technologique.

Deux hommes vérifient une livraison dans un entrepôt de fret.
Transport de marchandises et achats fournisseurs : le scope 3 concentre l’essentiel des émissions.

Un ordre de grandeur à retenir : dans la plupart des entreprises de services, un bilan limité aux scopes 1 et 2 capte moins d’un quart de l’empreinte réelle.

Quelles obligations réglementaires et pressions commerciales pèsent sur votre bilan carbone ?

En France, un bilan carbone couvrant les trois scopes devient incontournable à la fois pour des raisons réglementaires (BEGES, CSRD) et pour répondre aux exigences croissantes des donneurs d’ordre dans les appels d’offres. Le périmètre à couvrir dépend de la taille de l’entreprise, mais la tendance générale va vers une mesure plus exhaustive et plus régulière.

Le Bilan des Émissions de Gaz à Effet de Serre (BEGES) est encadré par la réglementation française. D’après la Mission Transition Écologique, service public rattaché à l’État, cette obligation BEGES selon l’ADEME s’applique aux entreprises de plus de 500 salariés en métropole, et de plus de 250 salariés en outre-mer. La méthode Bilan Carbone® de l’ADEME y est la plus utilisée.

La CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive) impose un reporting de durabilité européen incluant les émissions des trois scopes. Selon le Portail RSE du ministère de l’Économie, les seuils CSRD après l’Omnibus I ont été relevés par la directive adoptée le 18 mars 2026 à plus de 1 000 salariés et 450 M€ de chiffre d’affaires, sous réserve de transposition française. Les contours exacts du dispositif applicable restent donc à vérifier auprès des sources officielles.

Au-delà de la loi, la pression commerciale s’intensifie. Les appels d’offres, qu’ils soient publics ou émis par de grands groupes, intègrent désormais des critères carbone exploitables : bilan GES disponible, trajectoire de réduction, données scope 3 renseignées. Une entreprise de services sans mesure fiable risque de voir ses dossiers écartés dès les critères de recevabilité.

Une manager et un auditeur examinent des documents réglementaires en réunion.
CSRD, classifications et exigences clients : la pression réglementaire sur le bilan carbone s’intensifie.

Cas pratique

Scénario type : une ESN de 180 salariés répond à un appel d’offres d’un grand compte industriel. Le cahier des charges exige un bilan GES couvrant les trois scopes, avec données scope 3 sur les achats informatiques et les déplacements. L’entreprise, qui ne dispose que d’une estimation partielle limitée aux consommations des bureaux, voit son dossier jugé non conforme au critère RSE pondéré à 20 %. Un bilan carbone complet aurait permis de rester en lice.

Comment mesurer et structurer la réduction de vos émissions concrètement

Pour mesurer et réduire ses émissions sans expertise interne dédiée, une entreprise de services peut s’appuyer sur deux référentiels reconnus — la méthode Bilan Carbone® de l’ADEME et le GHG Protocol — puis structurer sa démarche en quatre étapes : cadrage, collecte, calcul, plan d’action. Un accompagnement externe (bureau d’études, consultant RSE, outil spécialisé) permet de combler l’absence de compétences internes.

Le cadrage consiste à définir le périmètre organisationnel (quelles entités), le périmètre opérationnel (quels scopes et postes), l’année de référence et les méthodes de calcul. Cette étape, souvent sous-estimée, conditionne la robustesse du résultat final et la comparabilité d’un exercice à l’autre.

La collecte des données occupe la majorité du temps. Pour les scopes 1 et 2, les données proviennent des factures d’énergie, des contrats de leasing, des relevés techniques. Pour le scope 3, il faut mobiliser la comptabilité (achats), les RH (déplacements, trajets domicile-travail) et parfois les fournisseurs eux-mêmes. La qualité des données disponibles pèse directement sur le délai de réalisation.

 

Le calcul applique les facteurs d’émission issus de la Base Empreinte® de l’ADEME ou de bases équivalentes. Les résultats sont restitués par scope et par poste, ce qui permet d’identifier les leviers prioritaires. Une entreprise de services découvre fréquemment que ses principaux postes sont les achats numériques et les déplacements, loin devant l’énergie des bureaux.

Enfin, le plan d’action hiérarchise les actions selon leur potentiel de réduction et leur faisabilité : politique d’achats responsables, charte de déplacements, mobilités douces, choix d’hébergement cloud décarboné, écoconception des services vendus. La trajectoire est pilotée via des indicateurs annuels permettant de documenter les progrès dans les prochains bilans. Des ressources pratiques existent pour mesurer l’empreinte écologique de votre entreprise et nourrir cette démarche.

Les quatre étapes d’un premier bilan carbone
  1. CadrageDéfinir périmètre, année de référence et méthode retenue (Bilan Carbone® ADEME ou GHG Protocol).
  2. CollecteRassembler données énergétiques, achats, déplacements et données fournisseurs pour le scope 3.
  3. CalculAppliquer les facteurs d’émission et restituer les résultats par scope et par poste.
  4. Plan d’actionHiérarchiser les leviers, fixer une trajectoire et définir des indicateurs annuels de suivi.

Prudence sur les engagements chiffrés : annoncer un objectif de réduction sans méthodologie documentée ni périmètre stable expose à un risque réputationnel et, dans certains cas, juridique. Mieux vaut communiquer après un premier bilan robuste que l’inverse.

Questions fréquentes sur le bilan carbone des entreprises de services

Deux interrogations reviennent très régulièrement chez les dirigeants et responsables RSE : la durée réelle d’un premier bilan carbone et le caractère obligatoire ou non de la démarche. Les réponses ci-dessous rappellent les repères documentés par les sources officielles, à vérifier au regard de la situation précise de chaque entreprise.

Combien de temps prend un premier bilan carbone pour une entreprise de services ?

La durée varie selon la taille de l’entreprise, la disponibilité des données internes et la qualité des informations fournisseurs. Un premier exercice se déroule généralement sur plusieurs mois, la collecte des données scope 3 — notamment les achats et les déplacements — constituant l’étape la plus chronophage. Un accompagnement externe permet souvent de sécuriser le calendrier.

Le bilan carbone est-il obligatoire pour toutes les entreprises de services ?

Non. Selon la Mission Transition Écologique, le BEGES est obligatoire pour les entreprises de plus de 500 salariés en métropole (plus de 250 en outre-mer). Les structures plus petites ne sont pas soumises à cette obligation, mais elles peuvent être concernées par la CSRD selon les seuils en vigueur, ou par les exigences carbone de leurs clients dans les appels d’offres.

Peut-on réaliser un bilan carbone sans équipe RSE dédiée ?

Oui. De nombreuses entreprises de services réalisent leur premier bilan avec un bureau d’études, un consultant indépendant ou un outil logiciel reconnu. L’essentiel est de désigner en interne un référent capable de coordonner la collecte des données et de porter les décisions du plan d’action.

Un bilan limité aux bureaux est-il suffisant ?

Non. Un bilan réduit à la consommation d’énergie des bureaux couvre essentiellement une partie du scope 2 et une fraction marginale de l’empreinte totale. Il ne permet ni de répondre aux exigences réglementaires BEGES ou CSRD, ni de bâtir une trajectoire de réduction crédible, ni de satisfaire la plupart des cahiers des charges clients.

Le bilan carbone d’une entreprise de services ne se joue donc pas sur l’interrupteur des bureaux, mais sur la capacité à cartographier l’ensemble de la chaîne de valeur. Les scopes 1, 2 et 3 fournissent la grille, le scope 3 concentre généralement l’enjeu, et les référentiels ADEME et GHG Protocol encadrent la méthode. La prochaine étape consiste à cadrer un périmètre réaliste et à lancer la collecte, en s’appuyant si nécessaire sur un accompagnement externe pour sécuriser la démarche avant les prochaines échéances réglementaires et commerciales.

Rédigé par Lucas Beaumont, éditeur de contenus pédagogiques consacrés à la transition bas carbone et à la stratégie climat des entreprises.